domingo, 21 de setembro de 2008

Catherine Kintzler: «C´est quoi, la laïcité négative?»

  • «A lire le discours prononcé par le président de la République recevant Benoît XVI, on ne peut qu’être frappé par les différences qui le distinguent des discours offensifs - et même insultants - envers les incroyants, prononcés cet hiver à Rome (Latran) et à Riyad. (...) Reste maintenant à examiner un des noyaux du discours du 12 septembre, que certains appellent hâtivement un concept: la notion de «laïcité positive». La simple juxtaposition sonne plutôt comme une thèse a contrario. (...) il n’y a effectivement rien de plus minimal que la laïcité. Elle n’est pas une doctrine, puisqu’elle dit que la puissance publique n’a rien à dire s’agissant du domaine de la croyance et de l’incroyance, et que c’est précisément cette abstention qui assure la liberté de croire et de ne pas croire dans la société civile. Ce n’est pas non plus un courant de pensée au sens habituel du terme: on n’est pas laïque comme on est catholique, musulman, stoïcien, bouddhiste, etc. C’est le contraire: on peut être à la fois laïque et catholique, laïque et musulman, etc. La laïcité n’est pas une doctrine, mais un principe politique visant à organiser le plus largement possible la cœxistence des libertés. (...) C’est en effet à l’abri d’une puissance publique qui s’abstient de toute inclination et de toute aversion en matière de croyances et d’incroyances que les religions, mais aussi d’autres courants de pensée, peuvent se déployer librement. A l’abri d’un Etat où règne une religion officielle ou un athéisme officiel. Mais aussi, ne l’oublions pas, à l’abri les uns des autres. En s’interdisant toute faveur et toute persécution envers une croyance ou une incroyance, la puissance publique laïque les protège toutes, pourvu qu’elles consentent à respecter la loi commune. Il n’y a donc rien de plus positif que la laïcité. Elle pose bien plus de libertés politiques et juridiques que ne l’a jamais fait aucune religion. Car une autre confusion doit être dissipée. Si quelques messages religieux aspirent à une forme de libération métaphysique et morale, aucune religion n’a été en mesure de produire la quantité de libertés positives engendrées par la plate-forme minimaliste de la Révolution française - première occurrence du concept objectif de la laïcité même si le mot apparaît plus tard. Du reste ce n’est pas la préoccupation essentielle des religions, qui ne sont heureusement pas réductibles à leurs aspects juridiques. (...) » (Catherine Kintzler na Gauche Républicaine.)